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Samedi 4 mars 2006 6 04 /03 /Mars /2006 07:14
Nombre d’entre vous ont été sensibles à « Parallèles sous les Tropiques », ce microcosme insulaire dont l’histoire concentrique révèle les pressions de l’homme sur son cadre naturel à l’échelle planétaire. Bien que terriblement archétypique l’histoire de Nauru ne fait pourtant qu’effleurer la vérité, Panguna la dévoile. À environ 800 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Guinée les îles de Buka et de Bougainville s’étirent à la frontière entre papous et austronésiens. Elles dressent au milieu du Pacifique Sud de hautes montagnes volcaniques dont les sommets atteignent 2 400 mètres et hébergent sur leurs flancs quelques villages accrochés à des pentes abruptes. Explorée en 1768 par le navigateur français du même nom, l’île de Bougainville reste à l’écart de toute influence européenne jusqu’à la fin du XIXe siècle. À l’instar des colonies du Pacifique, elle accumule ensuite rapidement les propriétaires, l’Allemagne en 1884, l’Australie pour le compte de la Grande-Bretagne, le Japon durant la guerre et les Nations Unies sous tutelle de l’Australie à son issue. En 1975, elle fini par être intégrée à la Papouasie Nouvelle-Guinée au moment où le pays accède à son indépendance et forme avec les quelques îles alentour la « Province des Salomon du Nord », l’une des vingt provinces constitutives du fédéralisme quasi-symbolique de la Papouasie.

Mais, c’est en 1963, lorsque le Gouvernement Australien concède l’exploitation de l’immense mine d’or, d’argent et de cuivre de Panguna au groupe Copper Pty., que la terrible histoire de Bougainville commence, une histoire qui va placer ces hautes montagnes des Tropiques au cœur d’une intrigue financière et géopolitique. Dès les débuts de l’exploitation minière en 1972, les doléances des propriétaires fonciers s’accumulent. Quelques mesures d’indemnisation sont prises, mais la situation se dégrade lorsque les habitants de la zone minière comprennent qu’ils ne peuvent plus subsister selon leur mode de vie traditionnel en raison des perturbations causées par l’exploitation aux écosystèmes marins et aux cultures. De plus tous pensent, à juste titre, que la Province ne reçoit pas sa juste part des immenses bénéfices obtenus du gisement, quelques millions de kinas au regard des milliards engendrés par la mine et des centaines de millions reversés au gouvernement central papou. En 1987, la nouvelle génération prend les commandes du PLA, l’association des propriétaires terriens de Panguna, et fait monter d’un cran les revendications dans le but affiché de provoquer la rupture avec la société minière et le gouvernement central. Cette conviction se renforce lorsque le groupe devient l’ARB, l’Armée Révolutionnaire de Bougainville !! Vous pensez connaître la suite… Une petite partie alors ; Les agressions contre les mineurs, les attentats à l’explosif, le blocage des installations contre rétrocessions des indemnités depuis 1963, puis la clandestinité, la fermeture de la mine qui prive le gouvernement central de 20% de ses ressources et le pays de 44% de ses produits d’exportations, l’intervention aveugle de la brigade anti-émeutes qui incendie, roue de coup, pille, viole, assassine, le conflit qui ne cesse pas, l’envoi des troupes du FDPNG, les forces armées papoues, qui réitèrent peu ou proue les mêmes exactions, etc., etc. La situation échappe à tout contrôle, les unités de l’ARB sont peu à peu devenues des milices de villages aux membres incontrôlables, le gouvernement central décrète un blocus naval de l’île, toute la population civile est durement touchée et reste otage pendant une longue période. La structure traditionnelle des villages, avec à la tête les chefs et les anciens, s’est effondrée à Bougainville, un grand nombre de vieux conflits tribaux se réveillent et l’ARB assume le rôle des combattants.

Après l’échec du processus de paix de 1994, la guerre civile de Bougainville va prendre une tout autre tournure, les vautours qui cerclent depuis le début du conflit entrent en action… C’est la partie de l’histoire que vous n’auriez jamais osé imaginer. Le gouvernement central de Sir Julius Chan contracte avec une PMC, « Private Military Company », au doux nom de Sandline. Officiellement, il s’agit de fournir, moyennant 46 millions de dollars, un appui stratégique et logistique au FDPNG dans sa lutte contre l’ARB. Chan a toujours nié avoir engagé des mercenaires, pourtant les clauses contractuelles sont explicites : « Sandline a pour rôle de mener une offensive à Bougainville afin de rendre l’ARB inopérant et de reprendre possession de la mine de Panguna ». La liste d’équipements logistiques inclues hélicoptères de combat, mitrailleuses lourdes, lance-roquettes, appareils de détection et de surveillance électronique, stock de munitions et une bonne centaine de mercenaires surentraînés. Dans le même temps, le gouvernement de Chan approche secrètement RTZ-CRA, l’énorme holding minière australo britannique qui détient la concession de Panguna, et lui propose via un broker de Hong Kong le rachat de 53,6% de ses parts dans la mine. Une opération financière de 500 millions de dollars que le gouvernement papou ne peut clairement pas se permettre seul après des années de conflit et de tarissement de ses revenus miniers. C’est Sandline qui détient les clés de toute l’opération. Bien plus qu’une armée en leasing, Sandline n’est qu’un prête-nom qui masque un réseau complexe d’environ 90 armées de mercenaires actives, et de grands pontes de la mine et du pétrole… On y trouve pèle mêle « Executive Outcomes », une gigantesque armée de mercenaires essentiellement composé des anciens du 32e bataillon de l’armée sud-africaine, impliqué pendant l’apartheid dans la déstabilisation de nombreux régimes africains, « Toxic Bob », Robert Friedman, président de « Branch Energy » et d’ « Heritage Oil », deux importantes sociétés minières, et détenteur de nombreuses mines d’or et de diamant en Papouasie et aux Fidji. On y trouve aussi bien sûr des anciens et des futurs de RTZ, des fonds de pensions canadiens et… des brokers de Hong Kong. Ce monstre fait même frémir le gouvernement australien qui voit d’un mauvais œil l’opération Sandline, pas tant pour les populations de Bougainville mais parce qu’il s’agit d’un risque majeur pour ses intérêts capitalistes en Papouasie. Après avoir armé le FDPNG dans sa lutte sanguinaire contre l’ARB, les services secrets australiens fomentent un coup d’état contre Chan avec l’aide de Singirok, le chef des armées papoues. Singirok, lui, n’arrive pas là par hasard, ses connexions internationales l’avaient déjà conduit à organiser avec l’Allemagne une intervention du type Sandline, il fréquente quelques vendeurs d’armes de renom dont la mansuétude à l’égard du chef des armées papoues va même jusqu’à lui offrir de longs week-end de détente et des tests d’armes automatiques dernières générations. La guerre des ressources dure encore à Bougainville… un combat latent, syncrétisme des ombres de l’impérialisme. Sandline a annoncé avoir fermé ses portes en 2004, mais son site Web existe toujours et vous, moi, nos dirigeants, leurs opposants, pouvont aller passer commande, une nébuleuse saura toujours fournir l’attirail nécessaire en échange de quelques pierres.
Par sevchris - Publié dans : sevchris
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Commentaires

Salut Sev & Chris, Comment ca va? Ici Toulouse bien trop loin des tricots rayés!!!
De plus en plus interessant ce blog... La bise à vous 2. Pat RB
Commentaire n°1 posté par patboy le 21/07/2006 à 23h13

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