Images aléatoires

Dimanche 18 juin 2006
C’est une ville, d’abord un océan, le Pacifique… Il explose sur ses falaises, s’écoule sous ses ponts, ondoie sous ses quilles, miroite sur ses pans de verre, baigne la ville de la douce puissance des eaux. Bienvenue sur l’album photo « Sydney on line ».
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Samedi 1 avril 2006
Le dossier du nickel calédonien dont la presse a largement rendu compte ces derniers temps, dessine une caricature cruelle de la politique industrielle et financière française. Celle qui est réellement menée, pas celle des discours.

L'histoire de la mine calédonienne au cours de ces quinze dernières années peut se résumer en trois temps : le transfert au canadien Inco, premier producteur mondial de nickel, des réserves minières du BRGM, établissement public français ; puis l'expropriation d'une part importante des réserves minières du producteur français Eramet au profit du deuxième producteur canadien, Falconbridge, associé au mineur local SMSP ; et enfin l'OPA en cours d'Inco sur Falconbridge. Au terme de ces opérations, le canadien Inco contrôlera environ 70% des réserves exploitables en Nouvelle-Calédonie (environ 25% des réserves mondiales) sans avoir rien payé, hormis 20 millions de dollars au BRGM, et aura reçu des subventions de l'Etat français de l'ordre de 1 milliard d'Euros... Un grand merci au contribuable français. Le niveau d'endettement de la France et le simple bon sens justifient-ils une telle générosité, d'autant que, pour une part notable, cette prise de contrôle se fait au détriment du producteur français Eramet. Pas un pays au monde n'adopterait un comportement aussi contraire à un minimum de patriotisme économique, à titre d'exemple, Inco a payé (et non reçu !) plus de 3 milliards de dollars pour disposer du gisement de Voisey's Bay au Canada. Après la disparition de Penarroya, puis de Pechiney, l'affaiblissement d'Eramet marquera la fin de la présence française dans le secteur industriel des métaux et, dans ce dernier cas, du fait d'une décision explicite de l'Etat.

Depuis dix ans, Falconbridge essaie de réussir un rapt sur la dernière grande réserve d'Eramet. Les accords de Bercy de 1998, dont l'objectif était d'accélérer le développement économique et social du nord de la Calédonie, lui ont accordé une option gratuite jusqu'au 31 décembre 2005 pour décider irrévocablement la construction de cette usine. Ils ont malheureusement été contournés. Leurs signataires ont feint de prendre au sérieux les manoeuvres de Falconbridge, qui a voulu faire passer pour une décision d'investissement irrévocable ce qui n'était qu'une vague déclaration d'un porte-parole. Qui peut croire que le conseil d'administration d'un groupe anglo-saxon coté prendrait la décision de financer seul une usine de 3 milliards de dollars dont il ne détiendrait que 49% des parts, par un texte de six lignes, dans lequel le mot « décider » ne figure même pas, et sans en avertir officiellement ses actionnaires ?? Le cas d'Eramet montre ce qu'il faut penser de la signature de l'Etat et de sa tendance historique à interférer dans la gestion des entreprises industrielles pour des raisons politiques, en l'occurrence des risques supposés d'agitation en Nouvelle-Calédonie. NDLR. Rappelez vous de Panguna en Papouasie ; qui finance ces agitations et à qui bénéficient-elles vraiment ??
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Samedi 25 mars 2006
Le bambou occupe en Asie et tout particulièrement en Chine, une place exceptionnelle. Cette graminée miraculeuse, dont on compte trois cent espèces, peut pousser d’un mètre par jour et ses usages sont innombrables tant dans la vie quotidienne et rurale que dans les expressions les plus sophistiquées de l’art. Les chinois considèrent que le bambou accompagne l’homme de la naissance à la mort. Preuve irréfutable de sa portée symbolique, l’Empereur mythique Huang Ti, saint patron des Taoïstes, fondateur culturel du héros, l’aurait introduit en Chine en 2900 av JC.

Le Bambou, synonyme de sagesse et de longévité, celui qui plie mais ne romps pas, celui qui s’incline mais qui résiste, révèle également aux hommes les triades conceptuelles du temps : Simultanéité, succession et durée. Prenons l’exemple du bambou parapluie issu d’une province de Chine au bord du Yang-Tseu-Kiang. Cette espèce ne fleurit que tous les cent ans et toutes les pousses de la même cohorte originelle fleurissent en même temps. De plus, un an avant cette floraison, il y a une sorte d’annonce. Le bambou, ordinairement toujours feuillu, cesse de pousser, comme s’il ne pouvait à la fois produire feuilles et rhizomes et se préparer à la floraison ; il « sait » qu’il va fleurir puis il meurt. Il meurt par milliers d’hectares et provoque d’immenses catastrophes. Ces énormes déchets produits pourrissent et attirent les rats, la famine, les épidémies arrivent. On remonte ainsi dans l’histoire, le bambou parapluie est une unité de temps égale à un siècle. Il est la marque de la durée, le temps vécu, de la succession, la mémoire et de la simultanéité, l’instant. Il est la marque du Temps.
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Samedi 11 mars 2006

Lorsque le Yin et le Yang seront grands, ce sera le XXIe siècle, ils mêleront à la perfection la droiture de la tradition et le chaos de l’excentricité… Enfin ils se rencontreront après des millénaires d’opposition, d’ambivalence, de cheminement solitaires. Ils enfanteront d’une ville tentaculaire, une des zones urbaines les plus peuplées au monde construite sur les ruines d’un passé guerrier à mi-chemin le long de la côte de Honshu. Tokyo viendra au monde dans un hurlement électronique si strident que tous les peuples du monde tourneront la tête vers l’Est pour voir cet être étrange qui scintille par-delà le soleil levant. Nous vous offrons l'album photo de l'enfant terrible.
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Samedi 4 mars 2006
Nombre d’entre vous ont été sensibles à « Parallèles sous les Tropiques », ce microcosme insulaire dont l’histoire concentrique révèle les pressions de l’homme sur son cadre naturel à l’échelle planétaire. Bien que terriblement archétypique l’histoire de Nauru ne fait pourtant qu’effleurer la vérité, Panguna la dévoile. À environ 800 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Guinée les îles de Buka et de Bougainville s’étirent à la frontière entre papous et austronésiens. Elles dressent au milieu du Pacifique Sud de hautes montagnes volcaniques dont les sommets atteignent 2 400 mètres et hébergent sur leurs flancs quelques villages accrochés à des pentes abruptes. Explorée en 1768 par le navigateur français du même nom, l’île de Bougainville reste à l’écart de toute influence européenne jusqu’à la fin du XIXe siècle. À l’instar des colonies du Pacifique, elle accumule ensuite rapidement les propriétaires, l’Allemagne en 1884, l’Australie pour le compte de la Grande-Bretagne, le Japon durant la guerre et les Nations Unies sous tutelle de l’Australie à son issue. En 1975, elle fini par être intégrée à la Papouasie Nouvelle-Guinée au moment où le pays accède à son indépendance et forme avec les quelques îles alentour la « Province des Salomon du Nord », l’une des vingt provinces constitutives du fédéralisme quasi-symbolique de la Papouasie.

Mais, c’est en 1963, lorsque le Gouvernement Australien concède l’exploitation de l’immense mine d’or, d’argent et de cuivre de Panguna au groupe Copper Pty., que la terrible histoire de Bougainville commence, une histoire qui va placer ces hautes montagnes des Tropiques au cœur d’une intrigue financière et géopolitique. Dès les débuts de l’exploitation minière en 1972, les doléances des propriétaires fonciers s’accumulent. Quelques mesures d’indemnisation sont prises, mais la situation se dégrade lorsque les habitants de la zone minière comprennent qu’ils ne peuvent plus subsister selon leur mode de vie traditionnel en raison des perturbations causées par l’exploitation aux écosystèmes marins et aux cultures. De plus tous pensent, à juste titre, que la Province ne reçoit pas sa juste part des immenses bénéfices obtenus du gisement, quelques millions de kinas au regard des milliards engendrés par la mine et des centaines de millions reversés au gouvernement central papou. En 1987, la nouvelle génération prend les commandes du PLA, l’association des propriétaires terriens de Panguna, et fait monter d’un cran les revendications dans le but affiché de provoquer la rupture avec la société minière et le gouvernement central. Cette conviction se renforce lorsque le groupe devient l’ARB, l’Armée Révolutionnaire de Bougainville !! Vous pensez connaître la suite… Une petite partie alors ; Les agressions contre les mineurs, les attentats à l’explosif, le blocage des installations contre rétrocessions des indemnités depuis 1963, puis la clandestinité, la fermeture de la mine qui prive le gouvernement central de 20% de ses ressources et le pays de 44% de ses produits d’exportations, l’intervention aveugle de la brigade anti-émeutes qui incendie, roue de coup, pille, viole, assassine, le conflit qui ne cesse pas, l’envoi des troupes du FDPNG, les forces armées papoues, qui réitèrent peu ou proue les mêmes exactions, etc., etc. La situation échappe à tout contrôle, les unités de l’ARB sont peu à peu devenues des milices de villages aux membres incontrôlables, le gouvernement central décrète un blocus naval de l’île, toute la population civile est durement touchée et reste otage pendant une longue période. La structure traditionnelle des villages, avec à la tête les chefs et les anciens, s’est effondrée à Bougainville, un grand nombre de vieux conflits tribaux se réveillent et l’ARB assume le rôle des combattants.

Après l’échec du processus de paix de 1994, la guerre civile de Bougainville va prendre une tout autre tournure, les vautours qui cerclent depuis le début du conflit entrent en action… C’est la partie de l’histoire que vous n’auriez jamais osé imaginer. Le gouvernement central de Sir Julius Chan contracte avec une PMC, « Private Military Company », au doux nom de Sandline. Officiellement, il s’agit de fournir, moyennant 46 millions de dollars, un appui stratégique et logistique au FDPNG dans sa lutte contre l’ARB. Chan a toujours nié avoir engagé des mercenaires, pourtant les clauses contractuelles sont explicites : « Sandline a pour rôle de mener une offensive à Bougainville afin de rendre l’ARB inopérant et de reprendre possession de la mine de Panguna ». La liste d’équipements logistiques inclues hélicoptères de combat, mitrailleuses lourdes, lance-roquettes, appareils de détection et de surveillance électronique, stock de munitions et une bonne centaine de mercenaires surentraînés. Dans le même temps, le gouvernement de Chan approche secrètement RTZ-CRA, l’énorme holding minière australo britannique qui détient la concession de Panguna, et lui propose via un broker de Hong Kong le rachat de 53,6% de ses parts dans la mine. Une opération financière de 500 millions de dollars que le gouvernement papou ne peut clairement pas se permettre seul après des années de conflit et de tarissement de ses revenus miniers. C’est Sandline qui détient les clés de toute l’opération. Bien plus qu’une armée en leasing, Sandline n’est qu’un prête-nom qui masque un réseau complexe d’environ 90 armées de mercenaires actives, et de grands pontes de la mine et du pétrole… On y trouve pèle mêle « Executive Outcomes », une gigantesque armée de mercenaires essentiellement composé des anciens du 32e bataillon de l’armée sud-africaine, impliqué pendant l’apartheid dans la déstabilisation de nombreux régimes africains, « Toxic Bob », Robert Friedman, président de « Branch Energy » et d’ « Heritage Oil », deux importantes sociétés minières, et détenteur de nombreuses mines d’or et de diamant en Papouasie et aux Fidji. On y trouve aussi bien sûr des anciens et des futurs de RTZ, des fonds de pensions canadiens et… des brokers de Hong Kong. Ce monstre fait même frémir le gouvernement australien qui voit d’un mauvais œil l’opération Sandline, pas tant pour les populations de Bougainville mais parce qu’il s’agit d’un risque majeur pour ses intérêts capitalistes en Papouasie. Après avoir armé le FDPNG dans sa lutte sanguinaire contre l’ARB, les services secrets australiens fomentent un coup d’état contre Chan avec l’aide de Singirok, le chef des armées papoues. Singirok, lui, n’arrive pas là par hasard, ses connexions internationales l’avaient déjà conduit à organiser avec l’Allemagne une intervention du type Sandline, il fréquente quelques vendeurs d’armes de renom dont la mansuétude à l’égard du chef des armées papoues va même jusqu’à lui offrir de longs week-end de détente et des tests d’armes automatiques dernières générations. La guerre des ressources dure encore à Bougainville… un combat latent, syncrétisme des ombres de l’impérialisme. Sandline a annoncé avoir fermé ses portes en 2004, mais son site Web existe toujours et vous, moi, nos dirigeants, leurs opposants, pouvont aller passer commande, une nébuleuse saura toujours fournir l’attirail nécessaire en échange de quelques pierres.
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